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Mais les affaires ne s’arrangent pas toujours aussi facilement. A quelques temps de là,
mon patron (le dernier de ma carrière), un très brave homme, meilleur fonctionnaire
que véritable flic, partisan du “pas de vagues… pas d’histoires, monsieur
Duriez !” me confie une enquête administrative. Un gardien de la “N”, inconnu de
moi, était accusé de “faux en écriture privée et falsification de document comptable”.
Une photocopie du chèque surchargé était jointe à la plainte de la victime. Une somme
de mille francs inscrite avait été précédée d’un “deux”, et la surcharge était maladroitement
imitée, ça se voyait sans avoir besoin d’un expert. Je convoquai ce gardien pour recevoir ses explications. il avait l’air bien brave et
ne semblait pas avoir inventé le fil à couper le beurre. il m’expliqua quand même que
dans son immeuble où sa femme tenait la loge de concierge, il faisait souvent quelques
petits travaux chez des locataires et arrondissait ainsi ses fins de mois. Jusque-là, rien
de grave. sa victime qui, de surcroît était handicapée, se déplaçant en fauteuil roulant,
était une de ses “clientes” chez laquelle il avait fait je ne sais plus quels travaux pour
une somme convenue de mille francs, qu’elle n’avait jamais payée. Aussi, lors d’une
seconde prestation du même montant, il avait décidé de faire justice lui-même. Juridiquement, ça ne changeait pas grande chose quant au motif de la plainte.
Mais, étant donné que j’étais chargé de l’enquête, que l’homme était de bonne réputation,
qu’il avait un dossier plus que correct, je décidais d’en savoir davantage en prenant
rendez-vous chez la plaignante. Très bien accueilli chez madame X, j’eus avec elle un long entretien qui
confirma les déclarations du gardien. Les deux personnes entretenant, par ailleurs,
d’excellentes relations. L’une comme l’autre ne semblaient pas comprendre la gravité Et c’est là que tout s’écroula ! Mon patron leva les bras au ciel : « C’est un délit
du ressort de la justice, pas de nous, monsieur Duriez – mais patron, seulement
si la justice en est saisie… ne croyez-vous pas que les tribunaux sont
suffisamment encombrés, quand on peut éviter… NON, non ! pas question…
transmettez. » Et je transmis, en me demandant pourquoi il m’avait confié cette enquête. Le gardien tomba sur un petit juge d’instruction se prenant pour un procureur préposé à purger la police des fonctionnaires véreux, il l’envoya à Fleury-Mérogis où il resta jusqu’à son jugement, en lui précisant que : « Comme policier, vous devez savoir… etc., etc. » C’est-à-dire en se comportant comme un juge du pénal, oubliant qu’il devait instruire à charge et à décharge. il ne pouvait ignorer que si le gardien avait pris un avocat, ce dernier n’aurait pas manquer de le faire récuser. Ainsi va de la détention préventive abusive. Même coupable, cet homme ne devait pas aller en prison. il donnait assez de garanties pour se présenter devant ses juges le jour venu. L’envoyer en prison pour seulement quelques jours obligeait les juges du tribunal à le condamner au moins au même temps d’emprisonnement sous peine de désavouer leur collègue de l’instruction. Selon que vous soyez puissants ou misérables, les juges arbitraires vous rendront
blancs ou noirs. – Jean de la Fontaine. |
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